À l’heure où la communauté internationale s’emploie à réaliser le Programme de développement durable à l’horizon 2030, il est impératif de veiller à ce que les pays disposent d’instruments efficaces pour être en mesure d’atteindre les objectifs de développement durable et de faire progresser le Programme 2030. La réflexion théorique, les données historiques et l’expérience récente montrent à quel point les politiques industrielles volontaristes sont importantes, mais la question de savoir comment mettre ces politiques au service des stratégies de développement continue de faire l’objet d’un vaste débat. Les pays développés ont adopté de multiples politiques industrielles pendant leurs phases d’industrialisation, et ont continué de le faire après la Seconde Guerre mondiale pour favoriser la croissance économique, le plein emploi et le changement technologique. Par la suite, la politique industrielle a figuré en bonne place parmi les priorités de nombreux pays en développement, qui voyaient dans l’industrialisation le moyen de parvenir à la diversification économique et à la transformation structurelle et de réduire le fossé technologique avec les économies développées. Après le début des années 1980, la politique industrielle a pour l’essentiel disparu du programme de développement de nombreux pays, en particulier en Afrique et en Amérique latine, en partie en réaction à des erreurs et des abus manifestes des pouvoirs publics, mais aussi à cause d’un discours plus idéologique qui imputait la lenteur du développement économique aux dysfonctionnements de l’État et qui insistait sur la nécessité de libéraliser les marchés. Dans plusieurs pays en développement, les crises de la dette ont affaibli l’État qui n’a plus été en mesure de conduire des politiques volontaristes. De plus, beaucoup d’observateurs ont vu dans la période de stagnation économique consécutive à ces crises le résultat inévitable des distorsions associées à une industrialisation conduite par l’État, plutôt que la conséquence des politiques macroéconomiques déflationnistes et des chocs sur l’offre dus à des programmes d’ajustement mal conçus.